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PS6 : " NO DISC NO BUY ", pourquoi nous pensons que ce n’est pas le bon combat !

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Refuser le dématérialisé suffira-t-il à protéger les joueurs ? Les cas The Crew et Aliens: Fireteam Elite montrent que le véritable enjeu se situe peut-être ailleurs : dans les droits associés aux licences que nous achetons.

Le mouvement No Disc No Buy repose sur une idée facile à comprendre : sans disque, pas d’achat. Derrière cette formule se trouvent des préoccupations parfaitement légitimes, comme la possibilité de conserver un jeu, de le prêter, de le revendre ou simplement de continuer à l’utiliser dans dix ou vingt ans sans dépendre totalement d’un constructeur, d’un éditeur ou d’un serveur.

Le disque n’est pas un droit. C’est un support qui permet aujourd’hui d’exercer certains droits que le numérique ne garantit pas encore.

C’est précisément là que notre analyse diverge. Le disque n’est pas une finalité. Il constitue un moyen de distribuer un jeu et, surtout, un moyen qui offre aujourd’hui au consommateur des libertés que le modèle numérique a largement supprimées. Lorsque nous achetons un exemplaire physique, nous pouvons généralement le conserver, le prêter, le donner ou le revendre.

Il faut cependant être précis sur la notion de propriété. Acheter un jeu, qu’il soit physique ou numérique, ne signifie évidemment pas devenir propriétaire de l’œuvre. Nous n’acquérons ni son code source, ni ses personnages, ni ses musiques, ni les droits d’auteur qui lui sont associés. Nous acquérons un exemplaire et un droit de l’utiliser dans les conditions prévues par la loi et par la licence.

La différence essentielle se situe ailleurs. En France, un exemplaire physique peut être revendu grâce au principe d’épuisement du droit de distribution. Pour un jeu téléchargé, la jurisprudence actuelle ne reconnaît pas le même droit : la Cour de cassation a confirmé en octobre 2024, dans l’affaire opposant UFC-Que Choisir à Valve, l’impossibilité de revendre une licence de jeu dématérialisée dans le cadre actuel. Autrement dit, le passage du disque au téléchargement ne change pas seulement la manière dont nous recevons le jeu. Il change les droits dont nous disposons après l’achat. C’est ce déséquilibre qu’il faut combattre !

Vouloir empêcher toute disparition du support physique nous semble d’autant plus difficile que l’évolution des autres industries culturelles montre la direction prise par les usages. Le CD, le DVD et le Blu-ray existent toujours, mais ils ne constituent plus le mode d’accès principal à la musique ou à la vidéo pour une grande partie du public. Nous avons gagné en confort ce que nous avons parfois perdu en maîtrise. Une série peut être regardée sur plusieurs appareils sans changer de disque toutes les quelques heures. Une bibliothèque musicale entière peut accompagner son utilisateur dans une voiture, un train ou un téléphone. Même les amateurs recherchant une qualité audio élevée disposent désormais de services proposant des formats sans perte.

Il paraît donc peu réaliste d'imaginer que le jeu vidéo puisse durablement rester à l'écart de cette évolution. Cela ne signifie pas qu'il faille souhaiter la disparition du physique, encore moins empêcher les éditeurs qui le souhaitent de continuer à proposer des éditions en boîte. Le support physique pourrait parfaitement conserver un marché de collectionneurs et de passionnés, comme le vinyle l'a fait dans la musique. Mais consacrer toute l'énergie des joueurs à maintenir le disque revient peut-être à défendre le moyen plutôt que l'objectif.

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Et deux affaires récentes montrent précisément pourquoi. :

Sur Nintendo Switch, Aliens: Fireteam Elite a été commercialisé exclusivement sous la forme d'une version utilisant le cloud gaming. Le jeu, lancé en avril 2023 sur la console, était exécuté sur des serveurs distants puis transmis au joueur en streaming. Il était pourtant vendu comme un produit individuel, avec une édition standard à 29,99 dollars et une édition Ultimate pouvant atteindre 59,99 dollars. Les serveurs ont été arrêtés le 5 août 2026. Depuis cette date, les personnes ayant acheté cette version ne peuvent tout simplement plus l'utiliser. Le développeur avait prévenu de la fermeture quelques mois auparavant, mais aucune campagne générale de remboursement n'a été annoncée. Il faut immédiatement apporter une nuance : Aliens: Fireteam Elite constitue un cas particulier, puisqu'il s'agissait d'un jeu entièrement exécuté dans le cloud. Il serait incorrect d'utiliser cet exemple pour affirmer que tous les jeux dématérialisés peuvent disparaître de la même manière. Il montre néanmoins jusqu'où peut aller la dépendance à une infrastructure distante. Les joueurs avaient payé. Leur console fonctionne toujours. Leur compte existe toujours. Mais le service nécessaire à l'utilisation de leur licence a disparuQue reste-t-il alors réellement de leur achat ?

 

Le cas de The Crew avait déjà posé la même question sous une autre forme. Ubisoft avait annoncé dès décembre 2023 que ses serveurs fermeraient le 31 mars 2024 et que le jeu deviendrait alors inaccessible sur toutes les plateformes, y compris pour ses propriétaires. Quelques semaines plus tard, des joueurs ont également signalé que leur licence avait été retirée de leur bibliothèque principale Ubisoft Connect et déplacée vers les jeux inactifs. Voilà, selon nous, le véritable avertissement. Le problème n'est pas simplement qu'il n'y avait plus de disque. Le problème est qu'un joueur ayant payé une licence peut se retrouver dans l'impossibilité totale de l'utiliser parce qu'une infrastructure contrôlée par un tiers a été arrêtée. Et c'est précisément pour cette raison que le combat doit maintenant changer de terrain.

redacteur vignetteEric de Brocart
Fondateur - Directeur de publication
Magicien professionnel, quand je ne suis pas derrière mon PC, photographe amateur, quand j'ai le temps et surtout un grand passionné de réalité virtuelle.
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Commenter 2 commentaires

DAV1L
Bonjour,

Bel article qui traite sérieusement le sujet sans se laisser submergé par les émotions créées par l'annonce de la fin du support physique chez Sony.

En partant du principe que les autres constructeurs suivront probablement après, il est pertinent de réfléchir au sujet dès à présent.
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Avatar de l’utilisateur
tylerfc
Le demat en soi ne me dérange absolument pas. Je souhaiterais simplement avoir le droit de disposer de mon achat de façon illimité sur n'importe quelle future plateforme.

Mon contenu acheter sur ps3 par exemple, qu'il soi compatible sur une ps7. Un duck tales remastered n'est pas disponible sur ps4 et ps5. Alors que sur pc, on y a encore accès.
Je veux pouvoir stocker sur un support externe tout mes contenus et les mettres sur les consoles de générations suivante si le téléchargement n'est plus possible via son compte.
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